La police algérienne a démantelé un vaste réseau international de trafic de drogue. L’opération, menée par le Service central de lutte contre le trafic illicite de stupéfiants (SCLTIS), a abouti à une saisie historique de prégabaline et de cocaïne. Vingt-cinq suspects sont actuellement recherchés, dont plusieurs seraient installés au Maroc.
Les autorités algériennes ont annoncé jeudi 20 août une opération d’une ampleur inédite. Les forces de sécurité ont intercepté plus de 10,4 millions de capsules de prégabaline et 33,4 kg de cocaïne. La valeur totale est estimée à près de 65 millions d’euros.
Saisie historique de prégabaline : l’opération qui a secoué les réseaux criminels
La Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN) présente ce coup de filet comme le plus important jamais enregistré en une seule intervention. L’enquête, ouverte en janvier, a nécessité huit mois de travail minutieux. Les policiers ont suivi les cargaisons depuis les wilayas du sud avant de déclencher des opérations simultanées à Oran, Alger, Blida, Tipasa et Tizi Ouzou.
Les agents du Groupement des opérations spéciales ont participé aux arrestations. Le bilan est lourd : 10 402 700 capsules de prégabaline dosées à 300 mg, ainsi que 33,4 kg de cocaïne ont été saisis.
- 10,4 Mcapsules de prégabaline saisiesdosées à 300 mg
- 33,4 kgde cocaïne saisieune quantité rare
- 65 M€valeur estimée du butinsaisie historique
- 25fugitifs recherchésdont des Marocains
Un butin estimé à 65 millions d’euros
Les forces de l’ordre ont également confisqué 19 véhicules, dont un camion semi-remorque équipé d’une citerne et trois motos. Plus de 1,5 milliard de centimes en espèces ont été retrouvés sur place, soit 15 millions de dinars.
La prégabaline, prescrite contre l’épilepsie et certaines douleurs neuropathiques, est très recherchée sur le marché clandestin du Maghreb. Son usage détourné procure des effets euphorisants, ce qui alimente un important trafic dans la région.
Un réseau international piloté depuis le Maroc
L’organisation était implantée dans l’ouest de l’Algérie, mais sa direction se trouvait à l’étranger. Selon la DGSN, des trafiquants marocains recherchés par la justice algérienne auraient coordonné les opérations. Le réseau s’appuyait sur des complices installés à Dubaï pour gérer les flux financiers.
D’autres relais en France servaient de points d'appui. Les enquêteurs estiment que les cargaisons remontaient du sud du pays avant d’être distribuées dans plusieurs régions. Cette dimension transfrontalière constitue le principal défi pour la suite de l’enquête.
Une coopération judiciaire compliquée entre Alger et Rabat
Les relations diplomatiques entre l'Algérie et le Maroc sont rompues depuis août 2021. La frontière terrestre reste fermée, ce qui réduit les possibilités d’entraide directe entre les deux pays. Les autorités algériennes peuvent toutefois passer par Interpol ou d’autres mécanismes internationaux.
Les relais présumés situés à Dubaï et en France pourraient nécessiter des demandes d’entraide judiciaire. L’instruction devra également établir le lieu de fabrication des capsules et l’itinéraire international complet emprunté par la marchandise.
25 fugitifs recherchés : la justice algérienne intensifie la traque
Sur la cinquantaine de membres présumés identifiés, 25 ont été interpellés et placés en détention provisoire. Parmi eux, une femme et un ressortissant étranger. Ils ont été présentés au parquet près le pôle pénal national de lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationale organisée du tribunal de Sidi M’Hamed.
Les 25 autres suspects, de nationalités algérienne, marocaine et néerlandaise, restent en fuite. Leurs identités sont entièrement connues des enquêteurs. La recherche se poursuit activement pour les localiser et les arrêter.
Les chefs d’accusation retenus contre le réseau
- 🚔 Importation, transport et détention de stupéfiants et psychotropes destinés à la vente
- 💰 Contrebande aggravée en bande organisée
- 🏦 Blanchiment d’argent lié aux revenus du trafic
- 🌍 Participation à un groupe criminel transfrontalier
Une lutte renforcée contre les psychotropes en Algérie
Cette affaire s’inscrit dans une série d’opérations d’ampleur. Le 18 août, le même pôle judiciaire avait écroué cinq personnes impliquées dans un dossier portant sur plus d’un million de comprimés et 86 kg de cocaïne. Les semaines précédentes avaient déjà vu des saisies massives.
En mai, près de quatre millions d’unités avaient été interceptées à Alger. L’armée a également saisi 1,84 million de comprimés à Tamanrasset. En juillet, la police d’Alger récupérait plus de deux millions d’unités, tandis qu’une opération conjointe de l’ANP et des Douanes permettait de saisir 133 kg de cocaïne à Djelfa et Laghouat.
Bilan chiffré de la saisie historique
| Produits saisis | Quantité | Valeur estimée |
|---|---|---|
| 💊 Capsules de prégabaline | 10 402 700 unités | ~65 millions d’euros au total |
| ❄️ Cocaïne | 33,4 kg | Incluse dans l’estimation globale |
| 🚗 Véhicules confisqués | 19 dont un camion-citerne | – |
| 💵 Espèces saisies | 1,5 milliard de centimes | 15 millions de dinars |
Les autorités algériennes avaient déjà fait état de 43,4 millions de comprimés psychotropes saisis pour l’année 2025. Ces volumes montrent la puissance des circuits clandestins, mais aussi l’amélioration des capacités d’interception des forces de sécurité. La recherche des fugitifs se poursuit pour démanteler complètement ce réseau dont les ramifications s’étendent du Maroc à Dubaï, en passant par la France.
Les questions que la saisie fait naître
Est-ce que la prégabaline est vraiment utilisée comme drogue ?
Elle est prescrite contre l'épilepsie et certaines douleurs. Détournée, elle donne un effet euphorisant recherché sur le marché clandestin maghrébin.
Pourquoi une coopération avec le Maroc est-elle si difficile ?
Les relations diplomatiques sont rompues depuis août 2021 et la frontière terrestre est fermée. Alger peut passer par Interpol ou des demandes d'entraide, mais tout est plus lent.
Ça vaut quoi, 65 millions d'euros, comme saisie ?
C'est l'une des plus grosses jamais enregistrées dans la région. La police parle de saisie historique en une seule opération.
Que risque-t-on pour ce genre de trafic en Algérie ?
Les poursuites incluent trafic de stupéfiants, contrebande en bande organisée et blanchiment. Les peines sont lourdes, sans compter l'aspect transnational.
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Journaliste d’investigation algérien, né le 4 avril 1984 à Alger. Ancien reporter pour Le Midi Libre, Le Temps d’Algérie et El Watan, il fonde Algérie Part en 2019 après avoir dirigé la rédaction du site Algérie-Focus. Installé en France depuis 2018, il continue de couvrir l’actualité algérienne avec un journalisme d’analyse enraciné dans le terrain, défendant une presse libre et exigeante face aux pouvoirs. Sa signature s’affirme dans les enquêtes de fond, l’analyse politique et la mise en lumière des sujets sensibles du Maghreb.
6 commentaires
Bonjour Abdou, quelle opération! En kiné, je sais combien la prégabaline détruit les corps.
65 millions d’euros saisis, un signal fort pour les investisseurs honnêtes.
Ce trafic révèle les fractures sociales. Un travail de fond est nécessaire.
Bonjour Abdou, la coopération internationale est cruciale. Le Maroc doit agir.
Impressionnant! 65 M€ et 10 millions de capsules. La tech a bien aidé.
Idéal pour éveiller nos élèves à la citoyenneté. La lutte continue!