Mehdi Laribi, figure connue du grand banditisme marseillais, incarne un paradoxe. Acteur à ses débuts, cofondateur de la DZ Mafia, il se retrouve désormais au cœur d’une affaire de trahison qui secoue l’organisation. Arrêté en Algérie le 20 juillet 2026, cet homme de 38 ans voit son passé et son présent se télescoper.
L’histoire de Mehdi Laribi, c’est celle d’un gamin de Marseille qui aurait pu faire du cinéma, mais qui a choisi une autre voie. Une voie sombre, jalonnée de violence, de drogue et de trahisons. Retour sur un parcours fracturé, entre gloire éphémère et chute annoncée. 🎬
## Qui est vraiment Mehdi Laribi, le cofondateur de la DZ Mafia ?
Avant d’être un chef présumé du narcobanditisme, Mehdi Laribi a eu une brève carrière d’acteur. En 2008, il incarne Rachitique dans *Khamsa*, un film de Karim Dridi. Le réalisateur se souvient d’un « jeune très nature devant la caméra », mais aussi d’un « gamin turbulent ». Cette turbulence, il la paiera cher. À 12 ans, il est interpellé pour des vols. Il dit alors que ses jambes bougent toutes seules. Une excuse d’enfant, qui ne trompe personne.
Son surnom « Tic » vient de son personnage au cinéma. « Rachi-tique », littéralement. Un nom prédestiné pour quelqu’un qui allait devenir l’un des piliers de la DZ Mafia. Les enquêteurs le décrivent comme l’un des cinq ou six fondateurs de l’organisation criminelle, aux côtés d’autres figures marseillaises.
Mais le cinéma n’a pas retenu cet acteur-là. La rue, si. En 2011, trois de ses amis d’enfance meurent brûlés dans une voiture. Quelques mois plus tard, Mehdi et son frère, surnommé « Tac », sont arrêtés. « Tic » et « Tac », duo infernal, écopent respectivement de 10 et 25 ans de prison. 🚔
## La naissance de la DZ Mafia et la guerre des clans
Quand Mehdi Laribi sort de prison, le paysage marseillais a changé. Le trafic de stupéfiants a explosé. La DZ Mafia, dont il est l’un des fondateurs, s’impose peu à peu comme la structure criminelle dominante. Mais cette ascension ne se fait pas sans heurts. La guerre contre le clan Yoda, mené par Félix Bingui, déchire la ville.
Le déclencheur ? Une histoire de glaçons. En 2023, à Phuket, en Thaïlande, Mehdi Laribi et Félix Bingui se disputent dans une boîte de nuit. Un incident futile, presque risible, qui dégénère en conflit meurtrier. Près d’une centaine de morts à Marseille dans les années qui suivent. Une hécatombe pour une soi-disant banale querelle de voyous.
Cette guerre illustre la fragilité des alliances criminelles. D’un côté, la DZ Mafia, emmenée par Laribi et ses proches. De l’autre, le clan Yoda, bien implanté dans les quartiers nord. La violence n’a cessé de s’intensifier, jusqu’à devenir incontrôlable.
## L’arrestation en Algérie : un tournant décisif
Le 20 juillet 2026, les autorités algériennes interpellent Mehdi Laribi. Une arrestation qui survient dans un contexte de reprise de la coopération judiciaire entre Paris et Alger. Un signal fort envoyé à la DZ Mafia, qui pensait ses plus hauts cadres intouchables.
Ce que les enquêteurs ont découvert depuis est encore plus stupéfiant. Mehdi Laribi, le cofondateur, l’organisateur, le logisticien de la DZ Mafia, serait un traître. Les écoutes téléphoniques de cadres déjà écroués, comme Gabriel Ory « Gaby » ou Amine Oualane « Mamine », le mettent en cause. Selon ces enregistrements, Laribi aurait fait capoter un braquage de camion de drogue au Maroc en 2025. Un sabotage, en pleine guerre des gangs.
Les dissidents du groupe se sont organisés sous la bannière de la « DZ Mafia nouvelle génération ». Ils multiplient les vidéos de menace contre lui et ses soutiens. Laribi est désormais un homme traqué. Traqué par la police, traqué par ses anciens amis. Une situation intenable. 💀
## 🎥 Vidéo : l’affaire Laribi décryptée
## Le rôle de « Tic » au sein de l’organisation criminelle
Mehdi Laribi n’a jamais été un simple exécutant. Selon le procureur, il était le logisticien de la DZ Mafia. C’est lui qui organisait les transactions, les transports, les grosses opérations. Un rôle central, loin des caméras et des règlements de compte improvisés. Un rôle d’ombre, mais indispensable au fonctionnement du trafic.
Son arrestation a été qualifiée de « coup dur » par les spécialistes du crime organisé. Fabrice Rizzoli, expert en criminalité, explique que Laribi était l’un des moteurs de la structure. Sa perte désorganise la DZ Mafia, au moins temporairement. Mais elle laisse aussi un vide, que les « nouvelle génération » tentent de combler.
Le tableau ci-dessous résume les principaux faits marquants du parcours de Mehdi Laribi :
| Année | Événement | Conséquence |
|——|———–|————-|
| 2008 | Rôle de Rachitique dans *Khamsa* | Surnom « Tic », débuts d’acteur prometteur |
| 2011 | Arrestation avec son frère « Tac » | 10 ans de prison pour Mehdi |
| 2023 | Dispute avec Félix Bingui à Phuket | Déclenchement de la guerre contre le clan Yoda |
| 2025 | Sabotage présumé d’un braquage au Maroc | Accusation de trahison, dissension interne |
| 2026 | Arrestation en Algérie | Placement sous contrôle judiciaire, affaire en cours |
## La trahison : le moteur caché de cette affaire
Comment un homme comme Mehdi Laribi en est-il arrivé à être traité de traître ? La réponse se trouve peut-être dans son parcours. Après des années de prison, il aurait cherché à prendre ses distances avec la violence extrême de la DZ Mafia. Une envie de s’extraire d’un engrenage qui le dépassait.
Mais cette décision, réelle ou supposée, a été perçue comme une faiblesse. Dans le milieu du grand banditisme, la loyauté est la seule monnaie qui compte. Celui qui la remet en question devient une cible. Laribi a appris cette règle à ses dépens.
Les écoutes téléphoniques de Gaby et Mamine, deux poids lourds de la DZ Mafia déjà incarcérés, ont révélé des tensions anciennes. Le braquage manqué au Maroc n’aurait été que le dernier épisode d’une série de conflits internes. Des divisions que les forces de l’ordre ont su exploiter. 🎭
## Mehdi Laribi : de la lumière des projecteurs à l’ombre des barreaux
L’un des destins les plus étranges de ce dossier, c’est ce contraste entre fiction et réalité. Au cinéma, Laribi jouait le rôle d’un petit délinquant. Dans la vraie vie, il est devenu l’un des chefs d’une organisation criminelle. Karim Dridi, son réalisateur, se souvient d’un garçon « turbulent, difficile à garder concentré ». Une description qui colle à sa trajectoire personnelle.
Lors de sa première interpellation, à 12 ans, il justifie ses actes par des jambes qui bougent toutes seules. Une image presque poétique, touchante. Mais les années passent, et la agitation se transforme en carrière criminelle. La prison, au lieu de le calmer, l’endurcit. La sortie de prison coïncide avec son implication dans le trafic à grande échelle.
Aujourd’hui, l’acteur d’un jour est devenu la figure centrale d’une affaire de trahison. Ses anciens partenaires le menacent ouvertement. Les vidéos de la DZ Mafia nouvelle génération circulent sur les réseaux sociaux. Elles annoncent les couleurs : personne ne doit aider « Tic ». Une condamnation à mort virtuelle, diffusée en direct pour des milliers de personnes. 📱
## 🎥 Le clan Yoda et la DZ Mafia : retour sur la guerre des gangs
## Les zones d’ombre de l’enquête
Malgré les progrès de l’enquête, plusieurs mystères demeurent. Pourquoi Mehdi Laribi a-t-il choisi de se rendre en Algérie ? Espérait-il une protection des autorités locales ? Avait-il des accords avec certains intermédiaires ? Les réponses à ces questions pourraient révéler des ramifications insoupçonnées.
Autre point important : son placement sous contrôle judiciaire par les autorités algériennes. Une décision qui a surpris certains observateurs. Pourquoi ne pas l’avoir mis en détention provisoire ? Peut-être parce que sa coopération est précieuse pour démanteler le réseau. Ou peut-être pour des raisons de santé. Ce choix, en tout cas, sera scruté de très près par la France, qui attend d’en savoir plus sur cette affaire.
D’après les informations de franceinfo, les enquêteurs français comptent sur cette arrestation pour faire tomber d’autres membres de la DZ Mafia. Laribi, en tant que cofondateur, connaît les rouages secrets d’un système qui se transmettait de génération en génération. Son interrogatoire pourrait faire des vagues bien au-delà de Marseille. 🌊
## Un portrait fracturé, entre ombre et lumière
Mehdi Laribi, l’acteur, s’est effacé derrière le caïd. Le cofondateur de la DZ Mafia est aujourd’hui isolé, menacé, en attente d’un jugement dont l’issue reste incertaine. Son histoire, c’est celle d’une trajectoire qui aurait pu basculer de l’autre côté. D’un homme qui a choisi la violence plutôt que l’art, la rue plutôt que les plateaux.
Mais son histoire, c’est aussi celle d’une organisation qui se délite. La DZ Mafia, fondée par une poignée d’hommes ambitieux, est devenue une machine à s’autodétruire. Les dissensions internes, les rivalités pour le contrôle du territoire, les accusations de trahison : tout cela éloigne l’organisation de sa puissance passée.
Reste une question, lancinante : que serait-il devenu si Rachitique avait eu une autre vie ? Si le cinéma avait retenu Mehdi Laribi ? Peut-être aurions-nous vu son nom au générique d’autres films, au lieu de le lire dans les colonnes des faits divers. Peut-être. Mais la réalité est là, crue, implacable. Et elle a le visage d’un homme traqué, qui a troqué les projecteurs contre les barreaux.

Journaliste d’investigation algérien, né le 4 avril 1984 à Alger. Ancien reporter pour Le Midi Libre, Le Temps d’Algérie et El Watan, il fonde Algérie Part en 2019 après avoir dirigé la rédaction du site Algérie-Focus. Installé en France depuis 2018, il continue de couvrir l’actualité algérienne avec un journalisme d’analyse enraciné dans le terrain, défendant une presse libre et exigeante face aux pouvoirs. Sa signature s’affirme dans les enquêtes de fond, l’analyse politique et la mise en lumière des sujets sensibles du Maghreb.