L’Algérie traverse une semaine noire sur ses routes. Un nouveau drame s’est produit jeudi 6 août au petit matin, sur la RN79 entre Constantine et Mila. Un autocar a quitté la chaussée avant de plonger dans un ravin, faisant trois morts et treize blessés. C’est le troisième accident mortel de bus enregistré en seulement sept jours, après les catastrophes de Boumerdès et de Timimoun.
Ce bilan alourdit encore un peu plus une atmosphère déjà chargée d’émotion. Les secours sont intervenus rapidement : la Protection civile a dépêché deux camions et dix ambulances sur les lieux. Les blessés ont été évacués vers les hôpitaux voisins de Constantine et de Mila, tandis que les corps des victimes ont été dégagés de la carcasse du véhicule. L’enquête devra déterminer les causes exactes de cette sortie de route : excès de vitesse, défaillance mécanique, état de la chaussée ou erreur humaine, aucune piste n’est écartée à ce stade.
Un troisième accident de bus meurtrier en une semaine : le résumé des faits
L’accident s’est produit vers 5h19, à hauteur de la commune de Ben Ziad. L’autocar reliait Constantine à Mila lorsqu’il a dérapé sur une portion de route réputée difficile. Le véhicule a fini sa course au fond d’un ravin, une issue tragique pour les passagers qui se trouvaient à bord à cette heure matinale.
Le bilan provisoire communiqué par la Protection civile fait état de trois morts et treize blessés, certains dans un état sérieux. Les équipes médicales restent mobilisées pour prendre en charge les victimes et évaluer d’éventuels risques de complications. Le parquet territorialement compétent a été saisi et une expertise technique a été ordonnée pour comprendre les circonstances précises du drame.
Constantine-Mila : une route sous haute surveillance mais toujours dangereuse
La RN79 n’en est pas à son premier accident grave. Cette liaison sinueuse entre Constantine et Mila est régulièrement pointée du doigt par les associations d’usagers et les conducteurs professionnels. Les virages serrés, le manque de glissières de sécurité et l’état inégal du revêtement en font une section à haut risque, surtout aux heures où la visibilité est réduite.
Ce troisième accident mortel en une semaine ne manquera pas de relancer la question de la sécurité routière en Algérie. Les autorités locales avaient pourtant annoncé des travaux de sécurisation sur plusieurs tronçons de la RN79. Les habitants de Ben Ziad, eux, décrivent un axe particulièrement redouté par les transporteurs, qui préfèrent parfois emprunter des itinéraires plus longs mais moins accidentogènes.
Accident de bus mortel en Algérie : Boumerdès et Timimoun, les deux drames qui ont précédé
Pour mesurer l’ampleur de la crise, il faut revenir sur les deux catastrophes survenues quelques jours plus tôt. Le 31 juillet, un autocar reliant Sétif à Alger a chuté dans un ravin au lieu-dit El Kerma, dans la wilaya de Boumerdès. Le bilan définitif communiqué par le parquet général s’est arrêté à 28 morts et 36 blessés. Les investigations ont rapidement établi que le véhicule transportait 64 personnes, soit treize passagers de plus que sa capacité autorisée de 51 places.
Mais le plus accablant reste les résultats des analyses effectuées sur le chauffeur, mort dans l’accident. Le conducteur avait été contrôlé positif à plusieurs substances stupéfiantes et les enquêteurs ont retrouvé deux comprimés psychotropes dans ses vêtements. Le parquet a également communiqué une donnée qui donne le vertige : l’autocar roulait à plus de 120 km/h dans une zone pourtant limitée à 60 km/h.
Surcharge, vitesse, stupéfiants : les causes récurrentes des accidents de cars en Algérie
Le drame de Boumerdès a mis en lumière des pratiques qui ne surprennent plus les habitués des gares routières. Entre la surenchère commerciale des transporteurs privés et la faiblesse des contrôles techniques, les passagers sont souvent exposés à des risques invisibles.
Voici les principales défaillances relevées par les experts en sécurité routière :
- 🚌 Surcharge chronique des véhicules : des cars qui prennent la route avec des passagers debout dans les allées, parfois dans les escaliers.
- 💊 Conducteurs sous l’emprise de stupéfiants ou de médicaments : des chauffeurs qui utilisent des psychotropes pour tenir de longues heures de route sans repos.
- ⚠️ Excès de vitesse sur des routes sinueuses : des moyennes journalières qui dépassent allègrement les limites autorisées.
- 🔧 Entretien mécanique négligé : des pneus lisses, des freins défaillants, des portes qui ne ferment pas correctement.
- 📋 Absence de contrôles inopinés : les opérations de dépistage restent rares malgré les instructions présidentielles.
Le second drame est survenu le 1er août, à Timimoun. Un autocar qui assurait la liaison Batna-Adrar est entré en collision avec un poids lourd sur la RN51. Le bilan cumulé de ce nouvel accident s’élève à quatre morts et 43 blessés.
Algérie : le gouvernement face à l’urgence de la sécurité routière
Ces trois accidents rapprochés posent une question centrale : l’Algérie est-elle réellement en mesure de protéger les passagers des transports collectifs ? Depuis plusieurs années, le gouvernement multiplie les annonces et les campagnes de prévention, mais les résultats se font attendre.
| Accident | Date | Lieu | Bilan (morts) | Bilan (blessés) | Cause principale retenue |
|---|---|---|---|---|---|
| Boumerdès | 31 juillet | El Kerma | 28 | 36 | Surcharge, vitesse, stupéfiants |
| Timimoun | 1er août | RN51 | 4 | 43 | Collision avec un poids lourd |
| Ben Ziad | 6 août | RN79 | 3 | 13 | Enquête en cours |
Le contraste entre les annonces et la réalité du terrain interroge. Une instruction présidentielle, publiée neuf mois plus tôt, imposait pourtant des dépistages inopinés de stupéfiants pour les conducteurs professionnels de cars, de taxis collectifs et de poids lourds. Ces tests devaient être menés aléatoirement sur les routes et dans les gares routières. Les faits montrent que le dispositif n’a pas empêché le drame du 31 juillet : le chauffeur de l’autocar de Boumerdès circulait sous emprise de stupéfiants sans avoir été contrôlé.
Le gouvernement a annoncé un renforcement des contrôles après chaque nouveau drame. Les gendarmes ont reçu pour consigne de multiplier les vérifications aux sorties des grandes agglomérations. Les services de transport sont également invités à fournir les relevés GPS de leurs véhicules pour vérifier le respect des temps de conduite.
- 31 juillet
Boumerdès : un car Sétif-Alger chute dans un ravin. Bilan : 28 morts, 36 blessés. Enquête : surcharge, vitesse et stupéfiants.
- Début août
Timimoun : un autre accident mortel de bus dans le sud. Peu de détails communiqués, mais il alourdit encore le bilan de la semaine.
- 6 août
Constantine-Mila : sortie de route sur la RN79 à Ben Ziad. Trois morts, treize blessés, certains dans un état grave.
Des annonces déjà entendues par le passé
Ce n’est pas la première fois que les autorités promettent des mesures drastiques. Pour les familles des victimes, le sentiment d’une répétition sans fin demeure. Les opérations de contrôle se heurtent à la réalité du terrain : des milliers de kilomètres de routes à couvrir, des compagnies parfois peu scrupuleuses et une culture du secteur informel bien ancrée.
Pourtant, les chiffres parlent d’eux-mêmes. En intégrant l’accident de Ben Ziad, le bilan des trois derniers drames atteint désormais au moins 34 morts et 95 blessés. Un bilan provisoire qui pourrait encore s’alourdir si l’état de certains blessés hospitalisés venait à se dégrader.
Une semaine noire qui relance le débat sur les transports de voyageurs
En à peine sept jours, la route algérienne a offert une vitrine tragique des défaillances d’un secteur fragile. Les associations de victimes réclament désormais une réforme en profondeur, bien au-delà des simples campagnes de communication. Elles demandent la mise en place d’un fichier national des conducteurs professionnels, avec un suivi médical régulier et un contrôle systématique de l’aptitude psychologique.
Les usagers, eux, n’ont guère le choix : pour rejoindre leur travail, leur famille ou leurs études, ils prennent chaque jour ces cars et ces autobus qui roulent parfois comme des bombes à retardement. La série noire de cette semaine n’est malheureusement pas un accident isolé. Elle illustre une crise structurelle de la sécurité routière en Algérie, où la mortalité sur les routes demeure l’une des plus élevées du bassin méditerranéen.
Reste à savoir si cette nouvelle hécatombe sera suivie d’effets concrets, ou si elle finira par rejoindre la liste des drames que l’on commente avant d’oublier. La question est sur toutes les lèvres, mais les prochaines semaines diront si les annonces se traduisent enfin par des actes sur le terrain.
Ce que les pros ne vous diront pas
Qu'est-ce qui explique cette série d'accidents de bus en Algérie ?
Les enquêtes pointent une combinaison de surcharge, d'excès de vitesse et parfois de consommation de stupéfiants. Sur la RN79, l'état de la route et les virages serrés sont aussi mis en cause. Le drame de Boumerdès a montré un car avec 13 passagers en trop et un conducteur positif aux psychotropes.
Est-ce que la RN79 est vraiment plus dangereuse que les autres routes ?
Les conducteurs la décrivent comme un axe redouté, avec des virages serrés, peu de glissières et un revêtement inégal. Les habitants de Ben Ziad préfèrent parfois passer par des itinéraires plus longs. Les autorités avaient annoncé des travaux de sécurisation, mais le drame du 6 août montre qu'ils n'ont pas suffi.
Que risque-t-on à prendre un autocar en Algérie en ce moment ?
Difficile à dire, mais les chiffres parlent d'eux-mêmes : trois accidents mortels en une semaine. Certains transporteurs privés chargent trop et roulent vite pour gagner du temps. Vérifier l'état du car et le nombre de passagers peut être une bonne habitude.
Faut-il s'inquiéter pour les prochains jours ?
La Protection civile reste mobilisée et les parquets ont ouvert des enquêtes. On ne peut pas prédire l'avenir, mais la pression monte sur les transporteurs et les autorités. Les contrôles devraient se renforcer après ces drames.
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Journaliste d’investigation algérien, né le 4 avril 1984 à Alger. Ancien reporter pour Le Midi Libre, Le Temps d’Algérie et El Watan, il fonde Algérie Part en 2019 après avoir dirigé la rédaction du site Algérie-Focus. Installé en France depuis 2018, il continue de couvrir l’actualité algérienne avec un journalisme d’analyse enraciné dans le terrain, défendant une presse libre et exigeante face aux pouvoirs. Sa signature s’affirme dans les enquêtes de fond, l’analyse politique et la mise en lumière des sujets sensibles du Maghreb.