Gaz naturel : l’Algérie renforce sa suprématie en Europe du Sud tandis que la Libye décline

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L’Algérie a livré 10 707 GWh de gaz naturel à l’Espagne en juillet 2026. Ce volume représente 41,7 % des importations espagnoles du mois, d’après le bulletin statistique d’Enagás. Sur douze mois, d’août 2025 à juillet 2026, les flux algériens atteignent environ 131 662 GWh, soit près de 35 % des approvisionnements du royaume.

En face, la Libye recule. Ses livraisons vers l’Italie via le gazoduc Greenstream ont chuté de 61 % entre janvier et juillet 2026. Deux trajectoires qui s’opposent et redessinent la carte du gaz en Europe du Sud.

Gaz naturel : l’Algérie conforte son rang de premier fournisseur de l’Espagne

La suprématie énergétique algérienne sur le marché ibérique ne date pas d’hier. Elle se creuse mois après mois. Les terminaux espagnols tournent aujourd’hui en bonne partie grâce aux molécules venues du sud de la Méditerranée.

Les chiffres d’Enagás parlent d’eux-mêmes. Sur les douze derniers mois, plus de 115 000 GWh ont transité par Medgaz. Le reste est arrivé par bateau, sous forme de GNL.

Algérie, Libye : deux trajectoires opposées

Medgaz, colonne vertébrale des infrastructures gazières algériennes

Le tuyau sous-marin reste l’outil le plus efficace d’Alger. Il relie directement les champs du sud algérien au réseau espagnol. Pas de détour, pas de transbordement, pas de risque de blocage maritime.

Cette proximité géographique pèse lourd dans les choix de Madrid. Un cargo de GNL américain met des semaines à traverser l’Atlantique. Le gaz algérien arrive en quelques heures.

Madrid et Alger resserrent leur partenariat énergétique

Le 20 juillet, Pedro Sánchez s’est rendu en Algérie. Les dirigeants de Naturgy, Repsol, Moeve et Enagás faisaient partie de la délégation espagnole.

Un accord politique a été trouvé pour augmenter les volumes. La marge encore disponible sur Medgaz tourne autour de 10 %.

Un point mérite d’être clarifié. Cette marge concerne les volumes acheminés, pas la capacité physique du gazoduc. Le tuyau garde la même dimension qu’avant.

L’Italie, deuxième pilier des exportations de gaz algériennes

Rome reste l’autre grand débouché d’Alger. Au premier semestre 2026, les échanges entre les deux pays ont atteint 6,78 milliards d’euros. L’Italie a importé pour 5,22 milliards d’euros de produits algériens.

Le gaz naturel pèse environ 4,3 milliards d’euros dans ce total. C’est plus de 82 % des achats italiens en Algérie. Un poids écrasant, qui dit beaucoup de la dépendance transalpine.

🇩🇿 Indicateur 📊 Valeur 2026 📈 Évolution
Livraisons par gazoduc vers l’Espagne Forte hausse sur 7 mois +13 %
Livraisons par gazoduc vers l’Italie Progression continue +5 %
Flux libyens vers l’Italie (Greenstream) Effondrement −61 %
Part algérienne du marché espagnol (juillet) 10 707 GWh 41,7 %

Le rapport d’août du Forum des pays exportateurs de gaz confirme la tendance. Sur les sept premiers mois de 2026, l’Algérie a été le principal moteur de la hausse des importations européennes de gaz par pipeline.

Une relation industrielle qui dépasse le seul gaz naturel

Le commerce ne se limite plus aux molécules. Les exportations italiennes vers l’Algérie ont progressé de 7,5 %, à 1,56 milliard d’euros.

Les ventes de machines et d’équipements ont bondi de 52,6 %, à environ 650 millions d’euros. Alger achète des outils pour moderniser son appareil de production.

Ce basculement raconte autre chose. Le partenariat énergétique devient un partenariat économique large, avec des usines, des contrats et des emplois des deux côtés.

La Libye à contre-courant du marché européen du gaz

Pendant que l’Algérie avance, la Libye recule. Sur janvier-juillet 2026, seul le pays de Tripoli affiche un repli parmi les grands fournisseurs par gazoduc suivis par le GECF. La Libye est la seule à perdre du terrain.

  • 🔻 Exportations vers l’Italie : environ 1 milliard de m³ en 2025
  • 🔻 Contre 1,4 milliard en 2024
  • 🔻 Et près de 2,5 milliards en 2023
  • ⚡ Priorité donnée aux centrales électriques locales

Reuters attribue cette érosion à trois facteurs. La consommation intérieure grimpe. Les infrastructures gazières subissent des perturbations à répétition. L’instabilité politique empêche toute planification sérieuse.

En juillet, la compagnie nationale NOC l’a reconnu elle-même. L’essentiel de la production disponible part désormais vers le marché intérieur.

Pourquoi la production gazière libyenne rentre à la maison

Le pays consomme de plus en plus d’électricité. Les centrales tournent au gaz. Quand la demande locale monte, les volumes exportables fondent.

Résultat : les clients italiens doivent chercher ailleurs. Et c’est Alger, puis Bakou, qui récupèrent la place laissée libre.

La sortie du gaz russe libère de l’espace pour Alger

L’Union européenne a fixé son calendrier par la loi. L’interdiction du GNL russe à long terme démarre le 1er janvier 2027. Le gaz russe par pipeline doit disparaître au 30 septembre 2027, au plus tard le 1er novembre si les stocks le justifient.

Cette recomposition profite directement à Alger. En 2024, l’Algérie avait livré 39,2 milliards de mètres cubes à l’Union européenne, soit 14,4 % de ses importations.

Pour le GNL seul, elle avait exporté 11,62 millions de tonnes dans le monde. La Turquie et la France figuraient en tête des débouchés.

Sonatrach prépare l’après-2026 : forages et nouveaux projets

Le défi est simple à énoncer, difficile à tenir. Il faut exporter plus, sans sacrifier le marché intérieur. Le gaz naturel couvre encore environ 99 % de la production électrique algérienne.

Sonatrach a donc accéléré ses investissements. Son plan 2026-2030 réserve 75 % des dépenses de développement à l’exploration-production.

  • 🛢️ Environ 500 puits d’exploration programmés
  • 🛢️ Près de 950 puits de développement
  • 🔧 Quelque 1 450 nouveaux forages au total
  • ⚙️ Plus de 6 300 interventions sur des puits existants
  • 🎯 Objectif : dépasser 200 milliards de m³ par an

L’exploration reste la clé du dossier. Chaque découverte de gisements consolide la capacité future d’exportation. Sans nouvelles réserves, la hausse de la demande locale finira par rogner les volumes vendus à l’étranger.

À plus long terme, Alger mise sur le gazoduc transsaharien TSGP. Le projet doit relier les ressources nigériennes au réseau algérien via le Niger.

Le 4 juin 2026, les travaux du tronçon algérien ont été lancés officiellement à Aoulef. L’étude de faisabilité actualisée avait été validée juste avant. Le tuyau est conçu pour transporter jusqu’à 30 milliards de m³ par an.

Une chose est sûre : dans cette partie d’échecs méditerranéenne, Alger joue avec l’avantage du terrain. La Libye, elle, doit d’abord régler ses affaires chez elle avant de penser à reconquérir l’Europe.

On répond sans détour, chiffres en main

L'Algérie peut-elle vraiment remplacer le gaz russe en Europe ?

En partie seulement. Elle pèse déjà plus de 41 % des importations espagnoles en juillet 2026, mais la marge restante sur Medgaz tourne autour de 10 %.

Ça vaut le coup pour Madrid de miser autant sur Alger ?

Le gaz algérien arrive en quelques heures. Un cargo américain traverse l'Atlantique pendant des semaines. Pas de transbordement, pas de risque de blocage maritime, la facture logistique est plus légère.

Pourquoi la Libye perd autant de terrain ?

Trois causes se cumulent : la consommation intérieure grimpe, les infrastructures tombent en panne à répétition, et l'instabilité politique bloque toute planification. La NOC envoie désormais l'essentiel de sa production vers les centrales électriques du pays.

Faut-il s'inquiéter de la dépendance italienne au gaz algérien ?

Plus de 4,3 milliards d'euros sur six mois, soit 82 % des achats italiens en Algérie. Un déséquilibre énorme. Bonne nouvelle : Rome vend de plus en plus de machines là-bas, les exportations italiennes ont pris 7,5 %.

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