Au début des années 1970, la famille Huet quitte l’Algérie et s’installe à Montaigut-sur-Save, en lisière de la forêt de Bouconne. André Huet découvre alors un massif de pins et de chênes, à une vingtaine de kilomètres de Toulouse.
Il n’y voit pas un simple bois de promenade. Il y voit un endroit à réinventer entièrement. Cinquante ans plus tard, son intuition tient encore debout, portée par un syndicat mixte et des générations de promeneurs.
André Huet, un visionnaire installé à l’orée de la forêt de Bouconne
Le domaine de Boit-l’Aigue devient le point d’ancrage du couple. André Huet et son épouse achètent plusieurs centaines d’hectares de forêt, un patrimoine rare pour une famille arrivée sans fortune.
Ils récupèrent aussi les fermes de Mondou et du Râtelier, deux exploitations presque à l’abandon. Remettre debout des bâtiments, replanter, entretenir les chemins : le chantier ne faisait que commencer.
Dans les villages voisins, tout le monde ne suivait pas. Plus d’un habitant les prenait pour des « fadas », persuadé que l’affaire finirait mal.
Mondou, le Râtelier, Boit-l’Aigue : trois fermes sorties de l’oubli
Restaurer une ferme ne se limite pas à refaire un toit. Il faut remettre les terres en état, gérer un cheptel, relancer des cultures vivrières. Les Huet s’y attellent sans attendre le moindre soutien public.
Pour convaincre l’administration, le couple reçoit à Mondou Olivier Guichard, ministre du Plan sous le général de Gaulle. Une visite qui en dit long sur leur ambition et sur leur entregent.
Cette période forge une conviction simple chez André Huet : une forêt ne se protège pas en la laissant dormir. Elle se protège en l’habitant et en la gérant.
Réinventer la forêt de Bouconne : l’idée d’une grande base de loisirs
Dans la clairière, les premières installations sortent de terre. Les Huet investissent temps, travail et argent personnel pour prouver leur sérieux.
Les aménagements déjà sortis de terre dans les années 1970
Le couple ne se contente pas de discours. Chaque réalisation devait servir d’argument face aux sceptiques et aux élus locaux.
- 🌲 Un parking du côté de Lévignac, pour accueillir les premiers visiteurs
- 🛣️ La route du Drapeau et la route Blanche, ouvertes à travers le massif
- 🚶 Des chemins forestiers remis en état pour la promenade et le passage des engins
- 🏊 Une piscine au cœur de la clairière
- 🎾 Quatre courts de tennis et une plaine de jeux pour les familles
- 🏐 Des terrains de volley, très fréquentés par les jeunes du secteur
Ces équipements ont coûté cher au couple. Ils ont aussi donné raison à leur intuition, car ils servent encore aujourd’hui.
Ce qu’André Huet avait imaginé pour l’avenir des forêts
Le projet allait beaucoup plus loin. André Huet pensait déjà accueil du public, biodiversité et gestion durable des espaces boisés.
Une centaine de villas devait financer le reste. Le projet immobilier est refusé, et les grandes installations resteront sur le papier.
| 🏗️ Aménagement imaginé | 📋 Sort réservé | 🌍 Situation en 2026 |
|---|---|---|
| Piscine, tennis, plaine de jeux | Réalisés par le couple | Repris par le syndicat mixte de Bouconne |
| Golf de 18 trous et lac | Jamais construits | Restés à l’état de plan |
| Piscine olympique et fosse de plongée | Refusées faute de financement | Aucune trace sur le terrain |
| Théâtre de verdure et petit train | Non retenus | Projets abandonnés |
| Hôtel, restaurant, centre de thalassothérapie | Restés sur le papier | Jamais sortis de terre |
| Cent villas pour financer l’ensemble | Projet immobilier rejeté | Aucune construction |
| Fermes de Mondou et du Râtelier | Restaurées puis transformées | Mondou a disparu, un chemin garde son nom |
| Domaine de Boit-l’Aigue | Restauré et habité | Principal témoin de l’aventure |
La lecture de ce tableau dit beaucoup. Ce qui touchait directement le public a survécu, ce qui dépendait de gros capitaux a capoté. Une leçon utile pour tous ceux qui travaillent sur l’innovation forestière.
De Bouconne aux forêts de 2026 : l’héritage d’un homme pressé
Quelques années après l’échec immobilier, les collectivités reprennent l’idée. Le syndicat mixte de Bouconne voit le jour et gère toujours la base de loisirs.
Mondou a disparu, mais son nom reste accroché à un chemin. Le Râtelier a connu une nouvelle vie. Boit-l’Aigue demeure le dernier grand témoin de cette histoire.
Le domaine a aussi accueilli de nombreux rapatriés d'Algérie, venus chercher un toit et un peu de terre. Une mémoire que la région porte encore discrètement.
Aujourd’hui, les débats sur le reboisement, la sylviculture et le rôle de chaque écosystème reprennent les questions posées par André Huet. Comment accueillir du public sans abîmer le milieu ? Comment financer l’entretien d’un massif sur plusieurs décennies ?
Les filles d’André Huet reviennent parfois à Bouconne, là où elles ont grandi. Elles y marchent sur les traces d’un rêve que beaucoup jugeaient trop grand pour une seule famille.

Journaliste d’investigation algérien, né le 4 avril 1984 à Alger. Ancien reporter pour Le Midi Libre, Le Temps d’Algérie et El Watan, il fonde Algérie Part en 2019 après avoir dirigé la rédaction du site Algérie-Focus. Installé en France depuis 2018, il continue de couvrir l’actualité algérienne avec un journalisme d’analyse enraciné dans le terrain, défendant une presse libre et exigeante face aux pouvoirs. Sa signature s’affirme dans les enquêtes de fond, l’analyse politique et la mise en lumière des sujets sensibles du Maghreb.