Algérie-Allemagne : au-delà de l’hydrogène, une alliance pharmaceutique en devenir

algérie et allemagne explorent de nouvelles perspectives de coopération pharmaceutique, au-delà de leur partenariat dans l’hydrogène.

L’énergie a longtemps dominé les échanges entre Alger et Berlin. Un autre dossier avance désormais, plus discret mais tout aussi stratégique : le médicament. Entre Saïdal et Boehringer Ingelheim, les signatures se sont multipliées. Reste à savoir ce que l’Algérie retirera vraiment de ce rapprochement.

Algérie-Allemagne : la coopération pharmaceutique s’installe à la table des grands

Le 1er octobre, Alger a accueilli une déclaration d’intention sur le corridor d’hydrogène vert SoutH2. Les ministres de l’Énergie d’Algérie, d’Allemagne, d’Italie, d’Autriche et de Tunisie y ont apposé leur signature. Le même jour, une autre salle de la capitale réunissait un public bien différent.

La conférence Pharma 2026 a rassemblé responsables publics, industriels et représentants de la Chambre algéro-allemande de commerce et d’industrie. Thème affiché sans détour : « Santé et souveraineté : axe algéro-allemand pour une industrie pharmaceutique nationale forte ». Deux mondes, une seule journée, et un signal clair.

Les chiffres rappelés pendant les débats donnent la mesure du chemin parcouru. La production de médicaments locale couvre aujourd’hui 82 % des besoins du pays. Le reste, et surtout les produits à forte valeur ajoutée, vient encore de l’étranger. C’est précisément là que le bâtiment blesse.

SoutH2 et médicament : deux dossiers, une même journée à Alger

Le parallèle entre les deux rendez-vous saute aux yeux. D’un côté, un gaz promis à l’Europe. De l’autre, des molécules destinées aux patients algériens. Dans les deux cas, la question n’est pas de savoir si l’Algérie a de quoi fournir, mais ce qu’elle gardera de la valeur produite.

Ouacim Kouidri, ministre de l’Industrie pharmaceutique, a posé une ligne claire devant l’assistance. La coopération pharmaceutique avec Berlin doit aller au-delà de la simple fabrication locale. Il réclame « davantage de transfert de connaissances, de technologies et de compétences ». Une formule qui revient souvent dans les discours, plus rarement dans les contrats.

Pourquoi cette journée compte-t-elle autant ? Parce qu’elle montre que le dossier pharmaceutique n'est plus un sujet secondaire dans le partenariat bilatéral. Il grimpe au même niveau que l’énergie, dans l’agenda des deux capitales.

Saïdal et Boehringer Ingelheim : un partenariat bilatéral sous conditions

Le 8 juin, le groupe public Saïdal et le laboratoire allemand Boehringer Ingelheim ont signé un accord. Objectif : fabriquer en Algérie un traitement contre la fibrose pulmonaire idiopathique. Le site retenu est celui d’El Harrach, à la sortie d’Alger.

Le ministre y a vu « une étape importante » dans la localisation des médicaments innovants. Il a aussi cité des projets sur des traitements du cancer du sein et sur des biosimilaires. Autant de pistes qui touchent à l’innovation thérapeutique, un domaine où l’Algérie importe encore presque tout.

Sur le terrain, l’enjeu se résume en une question simple. Que fabriquera-t-on exactement ici ? Un comprimé conditionné à partir d’un principe actif venu d’ailleurs, ou une molécule maîtrisée de bout en bout ? La nuance change tout.

Transfert de technologie : ce que veut dire produire sous licence

Fabriquer sous licence peut se limiter à la formulation finale et au conditionnement. Le principe actif arrive alors par bateau, et le savoir-faire stratégique reste chez le partenaire étranger. Le contrôle de qualité, la maintenance des lignes et la mise au point des procédés exigent un engagement bien plus lourd.

Les communiqués publiés en juin ne précisent pas ce périmètre. Un technicien de maintenance croisé sur le site d’El Harrach, Amine, résume la situation à sa manière : « Une ligne, ça se répare. Un procédé, ça s’apprend. Ce n’est pas le même métier. »

  • 🧪 Transfert de technologie : ce qui sera réellement transmis aux équipes algériennes reste à documenter.
  • 📦 Principe actif : importé ou synthétisé localement, la différence pèse lourd dans la balance.
  • ✅ Contrôle qualité : condition indispensable pour exporter un jour vers d’autres marchés.
  • 🔬 Recherche médicale : sans laboratoires associés, la copie reste la règle.
  • 🏥 Diagnostic précoce : un médicament ne sert à rien si le patient arrive trop tard.
  • 🌍 Autorisations de mise sur le marché : le passage obligé pour toute ambition régionale.

AVC et maladies rares : la convention qui se joue à l’hôpital

Le soir du 1er octobre, au siège du ministère de la Santé, Boehringer Ingelheim a signé une seconde convention. Celle-ci porte sur les accidents vasculaires cérébraux et les maladies rares. Elle n’a aucun lien juridique avec l’accord industriel conclu avec Saïdal.

Le texte prévoit de renforcer les compétences des professionnels de santé. Il accompagne aussi la numérisation des parcours de soins des patients victimes d’AVC. Pour les maladies rares, la première étape consiste à évaluer les ressources disponibles et à identifier les besoins prioritaires.

Volet 🤝 Partenaire Contenu principal Portée
💊 Industrie Saïdal / Boehringer Ingelheim Fabrication locale d’un traitement contre la fibrose pulmonaire Site d’El Harrach
🧬 Innovation Saïdal / partenaires allemands Pistes sur le cancer du sein et les biosimilaires Produits à forte valeur ajoutée
🏥 Hôpital Ministère de la Santé / Boehringer Ingelheim AVC, maladies rares, formation et numérisation des parcours Prise en charge des patients
🌍 Export Saïdal / marchés africains Discussions engagées au Bénin Débouchés régionaux
⚡ Énergie Algérie, Allemagne, Italie, Autriche, Tunisie Corridor SoutH2 pour l’hydrogène Partage de la valeur à définir

Un traitement produit localement ne profite au patient que si le diagnostic tombe à temps. Pour l’AVC, chaque minute compte. La rapidité de l’intervention détermine l’ampleur des séquelles. Voilà pourquoi cette convention, sans usine ni machine, mérite autant d’attention que la première.

Marchés africains : la production de médicaments algérienne cherche des débouchés

Saïdal regarde aussi vers le sud. Le 19 septembre, des discussions ont été rapportées au Bénin. Elles portaient sur l’exportation de médicaments, la formation et le transfert de technologie. Des capacités renforcées avec l’Allemagne pourraient alimenter cette offre régionale.

Le chemin reste long. Il faudra décrocher des autorisations de mise sur le marché dans chaque pays visé. Il faudra aussi garantir des livraisons régulières, sans rupture de stock. Dans le médicament, la confiance se gagne sur la durée, pas sur une signature.

Deux filières, une même interrogation sur le partage de la valeur

Le parallèle avec l’hydrogène vert tient à une question commune. La déclaration SoutH2 laisse ouverte la répartition de la valeur entre pays producteurs et acheteurs européens. Le médicament soulève exactement la même inquiétude. Quelle part des compétences restera en Algérie ?

Les premières mises en production apporteront un début de réponse. Le détail de ce que Boehringer Ingelheim transmettra aux équipes de Saïdal dira si l’Algérie et l’Allemagne bâtissent une usine ou une véritable filière. Un contrat se juge rarement sur la photo de la signature.

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